Manufrance, l’héritage stéphanois qui continue de marquer les esprits
Indissociable de l’histoire industrielle de Saint-Étienne, Manufrance demeure une référence du patrimoine économique français. C’est en 1911 que la Manufacture Française d’Armes et Cycles de Saint-Étienne adopte officiellement son appellation commerciale Manufrance et devient une société anonyme. Son fondateur, Étienne Mimard, en prend la présidence en qualité de premier président-directeur général.
Dès 1893, l’entreprise franchit une étape décisive avec le lancement de la construction de ses imposants bâtiments du cours Fauriel, à Saint-Étienne. La même année, elle enrichit son célèbre « Tarif-Album » en y intégrant des articles de pêche, élargissant ainsi son offre bien au-delà des armes et des cycles.
Au tournant du siècle, le développement est spectaculaire. En 1900, Manufrance compte déjà 80 succursales réparties dans les colonies françaises. Cette même année, Jean Fasano, inventeur et sous-directeur de la Manufacture, met au point l’application de la roue libre aux bicyclettes de la marque, tandis que la gamme des cycles Hirondelle continue de s’étoffer. (Source : Essor de la Loire.)
Les bicyclettes Hirondelle se distinguent alors par des innovations destinées à améliorer le confort des cyclistes : guidons anti-vibrations, selles à ressorts absorbant les chocs et équipements particulièrement soignés. Au début du XXe siècle, les policiers cyclistes parisiens sont équipés de bicyclettes Hirondelle, ce qui leur vaut le surnom de « Hirondelles », resté célèbre.
Toujours à la pointe de l’innovation, Manufrance construit en 1902 sa propre centrale électrique afin d’alimenter son usine stéphanoise, illustrant ainsi son ambition industrielle.
L’année 1913 voit la naissance du fusil de chasse Robust, un modèle juxtaposé qui deviendra une véritable référence auprès des chasseurs.
En 1914, l’entreprise est marquée par le décès de Pierre Blachon, qui lègue la majorité de ses actions aux Hospices civils de Saint-Étienne. Cette année est également riche en innovations avec le lancement du pistolet Le Français et la mise au point du pneu démontable. Manufrance commercialise également une bicyclette de grand tourisme équipée de six vitesses, d’un système rétro-directe et d’une roue libre, proposée au prix de 200 francs.
Durant la première moitié du XXe siècle, Manufrance poursuit son expansion commerciale en ouvrant une quinzaine de magasins dans les principales villes françaises, notamment à Nantes, Rouen, Lille, Bordeaux, Clermont-Ferrand, Toulouse, Avignon, Nancy, Troyes, Valence, Lyon, Marseille et Nice.
Véritable institution, son célèbre catalogue Le Chasseur Français atteint un tirage de 475 000 exemplaires en 1939, témoignant de l’immense popularité de la marque dans toute la France.
En 1944, Étienne Mimard disparaît. Fidèle à son attachement à sa ville, il lègue ses actions à la Ville de Saint-Étienne. Pierre Drevet lui succède à la présidence de l’entreprise.
Une anecdote révélatrice
Parmi les nombreuses histoires qui entourent Étienne Mimard, l’une des plus étonnantes concerne les machines à écrire utilisées dans l’entreprise. Soucieux de fidéliser son personnel, il aurait fait modifier la disposition des claviers afin que les dactylographes formées chez Manufrance ne puissent pas travailler facilement dans d’autres entreprises équipées de claviers standards.
Pour en savoir plus sur la personnalité d’Étienne Mimard, lire : « Étienne Mimard, le père des Trois Soupes » (Minformer, 1er juillet 2025).

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