Yves Matrat « Factory » : chanson, théâtre et transmission d’un parcours vivant
Yves Matrat nous offre une plongée vivante dans l’univers d’un artiste complet pour Radio GAGA 42, oscillant entre chanson, théâtre, adaptation du répertoire populaire et création originale. Ce nouveau dialogue dévoile la trajectoire atypique de Matrat, depuis ses débuts avec la formation Factory, son implication dans l’univers théâtral, ses collaborations marquantes avec des figures telles que Léo Ferré ou Jacques Higelin, jusqu’à sa démarche actuelle d’auteur-interprète. L’échange met en lumière ses réflexions sur l’authenticité scénique, le poids du désir créatif, l’importance de la transmission et son projet de retour sur scène à Saint-Étienne avec un trio aux influences jazz. À travers anecdotes, confidences et extraits chantés, le portrait d’un artiste sincère et passionné se dessine, prônant la fidélité à soi-même et la recherche constante du renouvellement artistique.
De Factory à la Comédie – Premiers Jalons Artistiques et Théâtre
L’entretien s’ouvre sur la présentation d’Yves Matrat, accueillie chaleureusement par Gilles Charles sur Radio Gaga 42. Yves évoque sa notoriété initiale liée à Factory, une aventure singulière, davantage marquée par la réputation que par une discographie volumineuse. C’est par le théâtre que Factory s’impose dans le paysage culturel, notamment à Saint-Étienne, là où la Comédie fait appel au groupe pour la création d’une pièce. Cette collaboration initie une tournée nationale, passant par Paris, Bordeaux, Lille et Lyon, s’inscrivant dans les mémoires locales. Matrat, originaire de Givors, y accorde à la fois valeur symbolique et attachement territorial, tout en rappelant le rôle prépondérant joué par la scène théâtrale dans la diversification et l’affirmation de son identité artistique, au-delà de la simple étiquette de chanteur.
Chanson, Scène et Tradition – La Construction d’un Répertoire au Lapin Agile
La discussion glisse vers la scène parisienne : Yves Matrat sera résident dès le 1er août au cabaret du Lapin Agile, institution de Montmartre réputée pour la diversité de ses artistes. Il explique le subtil jeu de mots derrière l’origine du nom du cabaret, soulignant l’héritage et la tradition ancrés dans ce lieu. Sur scène, Matrat s’intègre au “sénacle” artistique du Lapin Agile, participant à des prestations collectives et individuelles. Son tour de chant se distingue, entre tradition bretonne – il interprète avec autodérision “Le Cornemuseux de Marmignol”, un folklore revisité – et des reprises majeures du patrimoine francophone : Ferré, Brel, Brassens, mais aussi ses propres compositions. Il revendique une approche personnelle et renouvelée, à l’exemple de sa réinterprétation du traditionnel “Au clair de la lune” sous une “sauce Matrat” créative, et quelques extraits d’un double CD hommage à Léo Ferré, fruit de rencontres significatives.
Rencontres Fondatrices – Entre Léo Ferré, Inspiration et Transmission
Yves Matrat détaille la genèse de son double CD, rencontre marquante avec Léo Ferré à Saint-Étienne quelques semaines avant la disparition de ce dernier. Récit de confidences et d’instants partagés “autour d’une table”, Léo Ferré lui transmet l’importance de suivre sa route sans jamais renoncer, de tenir le cap tant que demeure le désir, définissant la vocation artistique comme un besoin aussi vital qu’insurpassable. Matrat expose comment cette philosophie de fidélité à soi-même et à sa pulsion créatrice guide sa trajectoire : il n’a jamais cessé de chanter ni de monter sur scène, transformant chaque espace d’expression en opportunité de rencontre avec le public et en exploration continue du rapport entre chant, théâtre et incarnation.
Sincérité, Authentique Présence et l’Artistique en Miroir
L’échange se fait plus introspectif sur la notion de “triche” sur scène, terme que Matrat emploie en partageant son apprentissage auprès de figures telles que les Rolling Stones, observés durant un séjour chez Pathé Boulogne. Selon lui, la véritable exigence scénique réside dans l’authenticité : il n’est pas question de feindre ou de “se la jouer”, car tout faux-semblant sera immanquablement perçu par le public. Même une “tricherie” assumée devient une forme d’acte sincère, tant l’authenticité reste centrale dans l’acte artistique. Aujourd’hui à Saint-Étienne, Matrat oscille entre l’envie de défendre ses spectacles et la difficulté de s’adapter aux nouvelles dynamiques de diffusion, s’appuyant sur un réseau parisien tout en regrettant le manque d’appui local. Il insiste sur l’importance d’être invité sur scène, non pour ses reprises de Ferré ou Brel, mais pour ce qu’il propose de sa plume, illustrant la nécessité de porter un répertoire qui fasse résonner la chanson française dans toute sa diversité.
Le Trio, la Création Partagée et l’Ouverture des Frontières Musicales
Le dialogue explore alors les projets actuels et le travail en trio. Matrat rêve de se produire à Saint-Étienne avec ses complices – un bassiste et un guitariste – dans une formule ouverte à l’influence du jazz, chaque musicien amené à contribuer sa sensibilité dans la composition. Il explique comment cette association élargit le spectre musical, permettant la transmission de mémoire, notamment celle de Léo Ferré, mais sous une lumière inédite, et l’expérimentation de formes nouvelles, comme un long poème intitulé “Le souffle”. Ce texte, à la fois dit et chanté, prend vie grâce à la rythmique et à la musicalité du trio, incarnant la fusion entre voix, texte et instrument. Sous le regard du public, Yves privilégie l’interaction scénique et l’énergie du “vivant”, convaincu que l’échange en direct demeure le cœur battant du spectacle.
Créativité Persistante, Nouveaux Chants et Transmission
À la question de la composition, Matrat prouve la vigueur de sa créativité en improvisant quelques vers de chanson. Il confie n’avoir jamais cessé d’écrire – “Annabelle adore les béc”, chanson inédite abordée au détour d’une intervention – et teste régulièrement ses nouveaux titres lors de séjours à Paris, notamment à Montmartre. Il exprime le désir de partager davantage ses propres œuvres, d’enrichir le public d’une “saveur” inédite et personnelle, et souligne ainsi la portée universelle mais aussi la singularité de sa démarche d’artiste. Il ambitionne de présenter de nouvelles “pièces” lors de futurs concerts et souhaite transmettre, à Paris comme dans sa région d’origine, ce goût de l’authenticité et de la nouveauté.
Esquisses de Projets et Regards sur l’Avenir
L’entretien touche à sa conclusion sur l’évocation des projets immédiats d’Yves Matrat. En déplacement à Saint-Étienne pour un rendez-vous avec l’antenne régionale Auvergne-Rhône-Alpes, il discute d’opportunités artistiques, évoquant la possibilité d’une résidence de création dans la ville – un retour symbolique qui renforcerait l’ancrage local de son art. Qu’il s’agisse de composer de nouvelles chansons, d’ouvrir ses spectacles à des approches collectives ou de réinstaller son répertoire sur les scènes qui ont marqué son parcours, Matra fait preuve d’une volonté constante d’approfondir, de transmettre et de se réinventer. Le dialogue s’arrête sur une dynamique d’ouverture et d’attente, témoignant du souffle inaltérable qui anime encore “le matrat vivant”, entre fidélité au passé et espérance créative.
L’intégralité de l’entretien est à retrouver ICI
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