Saviez-vous que Saint-Étienne possède une particularité unique en France ?
Contrairement à la quasi-totalité des villes françaises qui ont démantelé leur réseau au milieu du XXᵉ siècle, la capitale du Design n’a jamais cessé d’entendre le crissement des rails dans ses rues. Depuis le 4 décembre 1881, le tramway stéphanois circule sans interruption entre La Terrasse et Bellevue.
Retour sur une incroyable saga ferroviaire et urbaine.
1. La naissance d’un réseau au cœur de la révolution industrielle
La ville de Saint-Étienne s’est construite le long d’un axe majeur nord-sud, entourée d’étroites vallées où s’étirent d’interminables communes ouvrières. Pour connecter ce territoire en pleine expansion, la Compagnie des Chemins de Fer à Voie Étroite de Saint-Étienne, Firminy, Rive-de-Gier et Extensions (CFVE) est constituée en 1883.
Deux grands axes sont alors mis en chantier :
- Saint-Étienne ↔ Firminy
- Saint-Étienne ↔ Rive-de-Gier
Le 4 décembre 1881, le tout premier tronçon urbain entre Bellevue et La Terrasse est mis en service, suivi dès le 20 mars 1882 par un court prolongement jusqu’à La Digonnière.
2. La guerre des compagnies (1897 – 1930)
À la fin du XIXᵉ siècle, la concurrence s’invite sur les rails stéphanois avec l’arrivée de la Compagnie des Tramways Électriques de Saint-Étienne (TE).
Le 7 avril 1897, la TE lance deux lignes à voie métrique reliant :
- Bellevue et La Rivière à la Gare de Châteaucreux ;
- Le Rond-Point au Marais.
Ces lignes, parallèles à celles de la CFVE, leur font une concurrence directe. En 1906, la TE ajoute une liaison entre Châteaucreux et l’Hôtel de Ville. L’exploitation est assurée par des motrices électriques à deux essieux, de construction assez sommaire, reconnaissables à leur accès frontal par les plateformes et leur gabarit très étroit (seulement 1,87 m de large).
Victime de graves difficultés financières à partir de 1920, la TE faillit en 1930. Ses lignes sont alors rachetées par la CFVE. Mais face à l’essor des autocars, la CFVE doit elle aussi s’adapter : elle abandonne les lignes interurbaines vers Rive-de-Gier, Saint-Jean-Bonnefonds, La Fouillouse et Saint-Genest-Lerpt, pour se concentrer en contrepartie sur le monopole des lignes de Firminy et Terrenoire.
3. 1958 : L’exploit du maintien et le miracle des motrices PCC
En 1954, presque toutes les lignes ont disparu : seule la mythique ligne entre Bellevue et La Terrasse subsiste.
Alors que partout en France on ne jure que par le « tout-automobile » et la suppression des tramways, Saint-Étienne hésite. Convertir la ligne en trolleybus ou en autobus ? L’idée est envisagée, mais vite abandonnée : avec un trafic impressionnant de 70 000 à 80 000 voyageurs par jour et un tracé à travers des rues très étroites, le bus est tout simplement incapable d’absorber une telle foule.
La Ville de Saint-Étienne fait alors un choix visionnaire : maintenir son tramway.
Pour moderniser le réseau, la CFVE réalise un coup de maître en 1958 avec l’acquisition de 30 motrices PCC modernisées. Ce renouvellement du parc sauve définitivement le tramway stéphanois de la disparition.
4. Métamorphose urbaine et modernisation de la Grand-Rue
Dans les années 1970, la montée du trafic automobile asphyxie la ville. En 1970, un plan de réaménagement complet est mis à l’étude et se concrétise dès 1972 :
- Création de sites propres aux deux extrémités de la ligne.
- Mise en sens unique de la circulation générale dans le centre-ville, permettant au tramway de circuler à contresens vers le sud grâce au ripage des voies.
- Piétonnisation d’une partie de la Grand-Rue, réservée exclusivement aux piétons et au tramway.
Les décennies suivantes poursuivent cette modernisation :
- 2 novembre 1982 : Suppression des receveurs à bord, passage au libre-service et relooking intérieur/extérieur des rames.
- 1991 : La STAS (Société des Transports de l’Agglomération Stéphanoise), qui a succédé à la CFVE, modernise le parc avec 15 rames modernes « Alstom-Vevey-Duewag ».
- 7 décembre 1991 : La ligne historique est prolongée depuis La Terrasse jusqu’à l’Hôpital Nord.
- Septembre 1998 : Les anciennes perches de prise de courant laissent place aux pantographes modernisés.
5. Vers le réseau moderne
L’histoire ne s’arrête pas là ! Pour mieux desservir les axes ferroviaires, de nouveaux tronçons voient le jour au début des années 2000.
Une nouvelle antenne est créée pour relier la Gare de Châteaucreux à la Place du Peuple en se greffant sur l’axe historique. Cette extension donne naissance à une nouvelle organisation du réseau, dont la mise en service officielle a eu lieu le 7 octobre 2006, marquant le début du réseau maillé que les Stéphanois connaissent et utilisent au quotidien aujourd’hui.
Le tramway stéphanois en résumé :
- 1881 : Inauguration du premier tronçon Bellevue – La Terrasse.
- 1958 : Arrivée des mythiques rames PCC qui sauvent le réseau.
- 1991 : Prolongement jusqu’à l’Hôpital Nord et arrivée des rames Vevey.
- 2006 : Maillage vers la Gare de Châteaucreux.
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