Gilou, 60 ans d’accordéon, de rencontres et de chansons populaires
Rencontre du 26 septembre 2026 pour Radio GAGA 42
Cet entretien pour Radio GAGA 42 retrace le parcours exceptionnel de Gilou, accordéoniste et accompagnateur de Pierre Perret depuis 1966. Il raconte son attachement à l’accompagnement musical, ses collaborations avec Patrick Sébastien et de nombreux chanteurs, ainsi que la naissance de « Viens boire un petit coup à la maison », devenue sa véritable carte de visite. L’entretien aborde également son livre autobiographique Elle est pas belle ma vie, écrit pendant le confinement, son amitié avec les anciens joueurs de l’AS Saint-Étienne et son désir de continuer à faire danser et rire le public aussi longtemps que ses doigts le lui permettront.
Soixante ans de carrière aux côtés de Pierre Perret
Cette rencontre commence par une présentation chaleureuse de Gilou, dont le prénom est en réalité Gilles. Il précise que « Viens boire un petit coup à la maison » date de 1987, mais qu’elle continue d’être chantée partout. Sa carrière professionnelle a véritablement commencé en 1966, lorsque Pierre Perret, qui venait de composer Les Colonies de vacances, cherchait un jeune accordéoniste. Après lui avoir demandé de venir avec son instrument, Pierre Perret l’a engagé au bout de trente secondes, d’abord à l’essai pendant un mois « pour le caractère ». Cette période d’essai s’est finalement transformée en une collaboration de près de soixante ans.
Gilou explique que la musique était présente dans sa famille, mais qu’il a été le seul à choisir l’accordéon. L’instrument pesait environ onze kilos, même si son poids lui semble aujourd’hui bien supérieur avec l’âge. Il dit ne pas savoir exactement pourquoi il a choisi cet instrument, sinon qu’il lui a toujours plu. Il insiste surtout sur son goût pour l’accompagnement : il a travaillé derrière Pierre Perret pendant six décennies, participé aux débuts de Patrick Sébastien et collaboré aux deux premières années de Renaud. Pour lui, jouer derrière un chanteur constitue la partie la plus gratifiante de la musique.
Une autobiographie entre souvenirs artistiques et thérapie du confinement
Gilou présente son autobiographie, Elle est pas belle ma vie, dans laquelle il retrace son parcours musical et ses rencontres. Très lié à la région de Montbrison grâce à son amitié avec Patrick Révelli, Osvaldo Piazza et Doudou Janvion, il y revient régulièrement pour des animations et des soirées. Son intérêt pour le football stéphanois est également évoqué, notamment son attachement à l’épopée de 1976 et aux joueurs qu’il connaît désormais personnellement. Le livre, sorti début alors qu’il souhaitait initialement le publier le 1er avril comme une plaisanterie, est accessible à tous sur Amazon en recherchant le nom de Gilou et le titre de l’ouvrage.
L’auteur y parle de l’accordéon, mais aussi des artistes qu’il a aimés ou accompagnés, parmi lesquels Carlos, Pierre Bachelet et tant d’autres. La séance de dédicace représente pour lui bien davantage qu’une simple vente : elle lui permet de rencontrer les lecteurs, de raconter sa vie et de prolonger le contact humain qu’il entretient habituellement avec le public lors de ses galas. Il révèle avoir écrit le livre pendant la crise du Covid. Privé de spectacles et de la présence des gens qui nourrissent son énergie, il s’est retrouvé désorienté et a choisi d’écrire chaque jour plutôt que de sombrer dans l’alcool. Le livre est ainsi né à la fois d’une période de solitude et d’un besoin de retrouver du sens.
La naissance de « Viens boire un petit coup à la maison »
Gilou revient ensuite sur l’histoire de la chanson qui est devenue son emblème. Il explique que le morceau n’avait aucune intention politique et ne cherchait pas à inciter les gens à boire. À l’origine, trois amis voulaient simplement composer une chanson destinée à leurs parents, autour d’une ambiance conviviale réunissant vin blanc, vin rouge, saucisson et accordéon. Dans le contexte du début du chômage, le but était surtout de remonter le moral et de créer un moment de partage ; selon Gilou, les personnes qui buvaient déjà n’ont pas commencé à boire davantage à cause de la chanson.
Le morceau est né de la complicité entre trois membres de l’équipe de Patrick Sébastien : son secrétaire, son sonorisateur et Gilou à l’accordéon. Ils se voyaient chaque jour et ont décidé de s’amuser avec cette idée. Patrick Sébastien leur a ensuite fait faire une ou deux apparitions à la télévision, jusqu’à leur passage dans La Vie de famille, l’émission de Patrick Sabatier. Comme Patrick Sébastien refusait de venir seul à l’émission, il a insisté pour que ses trois amis soient présents, en expliquant qu’ils représentaient sa véritable « vie de famille ». Le lendemain, tout le monde chantait le refrain. Gilou précise que la musique a été composée par Jean-Jacques Lafond, leur producteur, connu aussi pour Le Géant de papier. Depuis, il commence généralement ses prestations par cette chanson, devenue sa carte de visite auprès des plus jeunes, tandis que les générations plus anciennes le connaissent surtout pour son travail avec Pierre Perret.
Pierre Perret, un artiste humaniste et une relation familiale
Gilou décrit Pierre Perret comme un grand monsieur, un homme gentil, humaniste, philosophe et visionnaire. Il souligne que l’image sympathique de Pierre Perret à la télévision correspond à sa personnalité réelle. Il rappelle notamment que le chanteur défendait déjà des préoccupations écologiques dans des chansons anciennes, avec des textes comme « C’est bon pour la santé » et des thèmes abordés dans Lili, bien avant qu’ils ne deviennent aussi présents dans le débat public.
Même si Pierre Perret a arrêté de chanter, il y a deux ans et qu’il a perdu sa femme au début de l’année, Gilou continue de lui rendre visite environ toutes les trois semaines à Angis. Il raconte que cette collaboration dépassait largement le cadre professionnel : la femme de Pierre Perret s’occupait des affaires, tandis que Gilou prenait en charge la musique et la technique, permettant au chanteur de monter sur scène sans avoir à se préoccuper de l’organisation. Cette confiance a contribué à créer une relation presque familiale. Pierre Perret lui a aussi fait découvrir le vin, les grands restaurants et une autre manière de vivre les tournées.
Gilou n’a pas écrit de chansons au sens traditionnel, mais il a composé des musiques pour ses propres disques d’accordéon. Il a enregistré environ huit à dix CD et écrit près de quatre-vingts morceaux, comprenant des valses, des marches, des tangos et des passo-dobles.
Football stéphanois, animations populaires et transmission familiale
La conversation se tourne ensuite vers le football et la légende de l’AS Saint-Étienne. Gilou explique qu’il aimait surtout le football d’autrefois et qu’il s’arrêtait parfois en voiture pour écouter les matchs, à une époque où ils n’étaient pas encore retransmis partout. Les joueurs de la grande époque étaient ses idoles ; ils sont devenus avec le temps ses amis. Il cite notamment Osvaldo Piazza, Patrick Révelli, Doudou Janvion, qu’il retrouve plusieurs fois par an. Lors de ces rencontres, il joue de l’accordéon et crée l’ambiance, notamment avec des morceaux comme La Paloma. Son fils travaille aujourd’hui à la Ligue de football, ce qui prolonge encore ce lien familial avec le sport.
Gilou assiste toujours occasionnellement aux matchs. Il évoque notamment une rencontre organisée en hommage à Georges Bereta, l’un de ses proches, ainsi qu’au combat contre la maladie de Charcot. Sur le plan professionnel, il n’effectue plus autant de galas qu’auparavant, mais son agenda reste rempli : fêtes de village, repas d’anciens, soirées festives et animations autour de son répertoire populaire. Il cite une période d’octobre durant laquelle il doit notamment se produire dans la Manche avec des chansons comme « Viens boire un petit coup » et « La Fête au village ». Il affirme que tant que ses doigts bougeront, il continuera à jouer pour les personnes âgées et les amateurs de chansons conviviales.
Le livre n’a pas été écrit avec un objectif commercial précis. Gilou le considère avant tout comme un témoignage et comme un cadeau destiné à ses trois fils, auxquels il transmet une partie de son histoire. Les retours très positifs publiés sur Amazon lui font plaisir, tout comme les accordéonistes qui lui montrent sur Facebook qu’ils possèdent son ouvrage. Après avoir été une thérapie contre l’isolement du Covid, le livre est devenu un outil de transmission et une manière de faire profiter les autres de sa vie et de ses nombreuses rencontres.
Une identité de « clown » de l’accordéon et le goût de continuer
Gilou évoque ses rencontres avec les grands accordéonistes français, notamment André Verchuren, qu’il considère comme un maître. Il reconnaît avoir été influencé par ces figures, tout en affirmant que chaque musicien doit ensuite trouver sa propre personnalité. Lui ne se définit pas comme un virtuose : il se présente plutôt comme « le clown de l’accordéon », celui qui fait rire, parle au public et met l’ambiance. Pendant environ dix ans, il a cultivé ce rôle, ce qui lui a appris à s’adresser aussi bien aux enfants qu’aux personnes âgées.
Le titre de son livre est également lié à l’humour. L’ouvrage est publié aux éditions « Bière pression », un nom choisi comme un gag en raison de son goût pour la bière. Malgré ses hésitations, l’éditeur l’a convaincu que ce titre attirerait les lecteurs. En conclusion, Gilou se dit heureux de poursuivre les galas, les repas et les rendez-vous musicaux, sans chercher à se donner une limite précise. Lorsqu’on lui demande quelle chanson d’accordéon il placerait au sommet de son répertoire, il répond Le Petit Bal de la marine, son morceau préféré à jouer. L’entretien s’achève sur des remerciements et la promesse de se retrouver bientôt, avec encore beaucoup d’accordéon et de chansons.
L’intégralité de l’entretien est à retrouver ICI
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