Agnès Bihl : La fabrique d’une chanteuse engagée et authentique

Agnès Bihl : La fabrique d’une chanteuse engagée et authentique

Avant RADIO GAGA 42 et Youtube nous avons fait de nombreuses rencontres et entretiens, voici un petit retour sur la rencontre avec Agnès Bihl chanteuse engagée et authentique. Reconnue comme une des belles plumes de la nouvelle scène française dès ses débuts en 1998 (juin 2022).

Cet entretien retrace le parcours, les processus créatifs et les engagements d’Agnès Bihl, artiste de la chanson française connue pour ses textes incisifs et poétiques. À travers une série de questions et d’anecdotes, elle dévoile les coulisses de son écriture, ses influences multiples, son attachement à la langue et son goût pour l’engagement social. L’échange offre aussi un aperçu de sa vie sur scène, de ses collaborations majeures, notamment avec Charles Aznavour, et de son rapport intime à la création, entre artisanat pointilleux et quête d’émotions justes. L’entretien se conclut par ses réflexions sur la curiosité, l’amitié, ainsi que les réalités matérielles d’un métier entre fête, écriture et exigences techniques.

Débuts, Identité d’Artiste et Premières Inspirations

L’interview débute par une présentation d’Agnès Bihl, interrogée sur la manière de se définir entre auteure, interprète ou artiste au sens large. Elle précise les distinctions de genre autour du terme “auteur”, affirmant préférer “autrice” tout en se référant aux évolutions de l’Académie française. Elle revendique aussi pleinement son statut d’écrivaine, mentionnant ses publications récentes telles que “Les unijambistes ne courent pas les rues”, ainsi qu’un recueil d’aphorismes écrit durant le second confinement pour remonter le moral. Elle explique que son matériau d’inspiration reste le quotidien partagé, fait de coups durs, de plaisirs simples, d’indignations et de moments heureux, mais aussi de résistance à la résignation, surtout face aux injustices sociales ou à l’inégalité homme-femme. Particulièrement opposée à une politique de l’argent ou du renoncement, elle affirme que ses chansons oscillent entre coups de gueule, chansons d’amour et traits d’humour, car il n’est pas question de se complaire dans la plainte. Elle raconte ensuite le déclic : voir Alain Leprest sur scène à la Folie en Tête à Paris, un choc qui la mène à écrire sa première chanson “Jolik” (terme russe signifiant “voyous”), jamais enregistrée mais mémorable pour elle, preuve de ses origines métissées franco-germano-russes.

Parcours de Scène et Apprentissages auprès des Grands

Agnès Bihl aborde sa collaboration marquante avec Charles Aznavour, producteur et mentor pendant 15 ans. Elle souligne l’honneur rare que ce dernier lui a offert en l’invitant à assurer la première partie de ses concerts, ce qu’il n’accordait plus depuis trois décennies, preuve d’une confiance exceptionnelle. Elle décrit cette expérience comme un apprentissage accéléré, émaillé de conseils avisés et d’échanges humains précieux, tout comme avec d’autres figures de la chanson telles qu’Anne Sylvestre ou Yves Jamait. Elle insiste sur la particularité de son écriture : tous ses textes sont d’elle, bien que la composition musicale soit parfois partagée avec sa pianiste Dorothée Daniel ou accomplie seule. En revenant sur la célèbre chanson “La Bohème”, elle démystifie l’idée que Charles Aznavour écrivait toujours paroles et musique, expliquant qu’il collaborait parfois sur l’un ou l’autre aspect, une liberté qu’elle revendique aussi.

Processus d’Écriture, Poétique et Artisanat de la Chanson

La discussion porte ensuite sur les méthodes d’écriture : la majorité du temps, Agnès commence par le texte (90% des cas), la musique venant en second, même s’il lui est parfois arrivé d’écrire sur une mélodie. Elle partage que l’inspiration peut surgir instantanément ou mûrir des années ; certaines chansons jaillissent en trois heures, d’autres nécessitent d’incessants retours, prises de notes et réécritures. Elle expose les subtilités techniques du métier : la nécessité d’adapter mots et musique pour respecter la versification (alexandrins, octosyllabes…) et la rigueur architecturale de la chanson à texte. Selon elle, écrire, c’est faire dialoguer la précision poétique et les contraintes musicales, à la façon d’un architecte ou d’un sculpteur qui modèle son matériau au risque de tout faire s’effondrer ou exploser. L’écriture et la scène sont ainsi, toutes deux, indissociables de l’engagement : chaque prise de stylo, chaque montée sur scène est vécue comme une prise de position, que ce soit dans l’amour, la colère ou l’humour.

Engagement sur Scène, Vie d’Artiste et Relations au Public

Agnès Bihl évoque son rapport à la scène, insistant sur le besoin que la vie reprenne après le confinement, le public étant invité à redevenir curieux, à sortir et à célébrer le spectacle vivant sous toutes ses formes. Elle considère que son attrait tient à un alliage de poésie et de dérision, sur fond de musiques entraînantes, ce qui peut séduire les amateurs de profondeur comme ceux en quête de divertissement. L’artiste revendique volontiers l’étiquette de “chanteuse engagée” si besoin, mais pointe leur aspect réducteur et parfois arbitraire. Elle détaille ensuite les réalités d’un agenda d’artiste entre tournées (Lille, Avignon) planifiées sur plusieurs mois, invitations en festivals et travail d’écriture solitaire, entre poésie, romans et chansons. L’écriture reste la dominante de son quotidien ; hors tournée, elle se consacre essentiellement à ses textes et projets personnels.

Métier, Artisanat et Création Vidéographique

Sur la question des outils de création, Agnès confie n’écrire qu’au stylo, jamais sur ordinateur, concevant la musique comme on fait de l’artisanat d’art. Elle se décrit perfectionniste, méticuleuse, polissant sans cesse ses chansons comme un ébéniste travaillerait le bois. L’interview bifurque sur la réalisation de son dernier clip, né d’une idée initiale de tourner en Bretagne en pleine chaleur estivale — projet contrarié par le froid et la pluie automnaux lors du tournage. Elle raconte l’ingéniosité nécessaire : l’aide de ses amis pour construire un mannequin, la gestion des décors sur la plage face à la marée montante, les aléas d’une journée et demie de tournage entre imprévus climatiques et logistiques. Malgré ces difficultés, le résultat final est salué pour sa qualité visuelle et sa couleur originale, fidèle à son univers.

Conclusion : Curiosité, Transmission et Mot de la Fin

En clôture, l’entretien s’attarde sur l’importance de la curiosité : Agnès Bihl encourage le public à ne jamais cesser d’être curieux, à aller vers les autres et vers le spectacle. Pour elle, la fin d’un spectacle n’est jamais une fin en soi, mais le point de départ de nouveaux élans créatifs et de rencontres humaines. Elle remercie le public, rappelle la nécessité d’oser et de rester gourmand de vie, et conclut sur cet élan vers demain, après les dernières notes musicales et les rappels des spectateurs.

L’intégralité de l’entretien est à retrouver ICI

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Rédaction

Dialogues sur Saint-Etienne et sa Métropole avec les ligériens et ceux qui passent sur notre territoire. Chaine faite par des bénévoles, depuis Aout 2023.

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