Corinne Zarzavadjian : Identité, Intégration et Résilience arménienne

Corinne Zarzavadjian : Identité, Intégration et Résilience arménienne

Avant RADIO GAGA 42 et Youtube nous avons fait de nombreuses rencontres et entretiens, voici un petit retour sur la rencontre avec Corinne Zarzavadjian (25 sept. 2022).

Dans cet entretien dense et vivant, Corinne Zarzavadjian, comédienne et auteure, présente la genèse et la substance de son spectacle “Un nom à coucher dehors”, une œuvre inspirée par les difficultés liées à ses origines et à la prononciation de son nom. L’échange plonge tour à tour dans la question des noms compliqués comme symbole de l’intégration, les valeurs arméniennes, le conflit contemporain entre l’Arménie, l’Azerbaïdjan et la Turquie, ainsi qu’un hommage vibrant à la mémoire et la résilience arménienne. L’interview s’achève par une exploration de la culture culinaire arménienne et le sens profond de la transmission. Par sa sincérité et sa force émotionnelle, Corinne offre une réflexion universelle sur la fierté des origines, la complexité de l’appartenance, et l’importance de résister par la culture et l’humour.

La naissance d’un spectacle autour d’un nom à l’identité complexe

L’entretien débute non sans humour, Corinne Zarzavadjian partageant combien la prononciation de son nom est source de quiproquos et d’embarras, jusqu’à inspirer son nouveau spectacle. C’est l’épisode d’un appel de son opérateur téléphonique, incapable de prononcer son patronyme, qui cristallise l’idée : raconter sur scène ce que signifie porter un nom “qui vient d’ailleurs”. Elle explique la simplicité phonétique du nom — “toutes les lettres se prononcent” — et l’exigence d’en revendiquer fièrement l’authenticité, qui marquera la tonalité de la représentation.

Parcours personnel, liens communautaires et universalité du propos

Corinne se présente ensuite : comédienne, auteure de livres de cuisine et d’histoire, coécrits avec son frère, notamment sur l’Arménie. Elle insiste sur le fait que son spectacle s’adresse à tous ceux qui connaissent la difficulté de porter un nom “compliqué”, sans se limiter à la communauté arménienne ou à une communauté précise. L’expérience du spectacle se veut universelle, abordant la complexité des noms polonais, l’intégration et le regard de l’autre, particulièrement à l’école, et la force identitaire qui découle d’un héritage sensible.

Culture, valeurs arméniennes et transmission familiale

L’échange s’attarde sur les points communs et divergences entre la culture française et la culture arménienne. Selon Corinne, être arménien, c’est avant tout être mobilisé pour la cause arménienne, placer la famille au cœur de la vie, défendre des valeurs de paix, de liberté et de vivre-ensemble. Un héritage que l’Histoire, marquée notamment par le génocide de 1915, a rendu difficile à préserver. Son attachement profond à ses origines se traduit dans une identité forte, tissée de mémoire et de combativité.

Conflit actuel au Haut-Karabakh : entre mémoire et survie

La discussion devient grave : Corinne expose l’actualité brûlante du conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Elle décrit l’attaque azerbaïdjanaise du 12 au 13 septembre sur le territoire souverain arménien, précisant l’alliance entre l’Azerbaïdjan et la Turquie, deux régimes qualifiés de “dictatures colonialistes et fascistes” cherchant à parachever le génocide de 1915 et à reconstituer l’Empire ottoman. Elle rappelle que l’Arménie, selon elle, “dernier rempart du Caucase contre l’obscurantisme”, fait face à un danger existentiel. Les références à la construction de l’Azerbaïdjan sur des pogroms et de la Turquie sur le génocide de 1915 replacent l’enjeu dans une histoire de violence récurrente.

Arménie menacée, stratégie de résistance et mémoires collectives

Corinne développe l’idée que si l’Arménie tombe, ce serait la victoire de la barbarie sur la civilisation. Malgré la faible visibilité médiatique — en particulier à cause de la focalisation internationale sur la guerre en Ukraine —, elle affirme la détermination des Arméniens soutenus par des alliés. Elle cite le poète William Saroyan pour évoquer la force d’une identité qui renaît et se perpétue malgré la dispersion, la souffrance et la menace d’anéantissement. “Il suffirait que deux d’entre eux se rencontrent n’importe où dans le monde pour qu’ils créent une nouvelle Arménie”, affirme-t-elle, révélant l’espoir d’une renaissance inextinguible.

Le spectacle comme acte de résistance universel

Tournant vers la création, Corinne dévoile qu’à l’origine, elle voulait écrire un livre, mais que l’humour et l’oralité s’imposaient, conformément à la tradition arménienne de rire et de résister à travers le spectacle. Sur scène, elle entend “hurler, crier, s’indigner et résister”, en racontant l’histoire de son nom, celle de sa famille, mais aussi de tous les Arméniens. Elle insiste que son texte dépasse la seule communauté arménienne : il touche tous ceux dont le nom, ou le nom d’un proche, est difficile à porter. La rencontre avec le metteur en scène Thierry Beccaro, lui-même marqué par l’italianité de son nom, nourrit la généalogie créative de la pièce et renforce son ouverture et sa résonance universelle.

Intégration, fidélité et transmission dans la diaspora arménienne

Corinne explique que les Arméniens, où qu’ils s’installent, s’intègrent et s’engagent au service de leur pays d’adoption tout en restant fidèles à leurs racines : identité, histoire, religion, manières de vivre. Elle mentionne l’importance de la table et du partage, piliers culturels hérités de l’Arménie et présents dans le spectacle. Elle rend hommage à des figures emblématiques comme Missak Manouchian, mais aussi à tous les Arméniens qui ont contribué à la France. L’émission de l’attachement au pays d’accueil et à l’héritage familial s’articule ainsi dans une double fidélité.

La cuisine arménienne, symbole d’amour, de partage et d’énergie vitale

Pour finir, l’entretien se teinte de convivialité. Corinne Zarzavadjian décrit la cuisine arménienne comme méditerranéenne, mettant en valeur légumes, légumineuses et céréales. Elle y voit une cuisine du bonheur, qui ne saurait exister sans partage et générosité. Pour elle, la table est sacrée, espace de transmission et de joie. Elle évoque sa recette favorite, un dessert à base de dattes riche en fer et en énergie, parfait “coup de fouet” pour affronter l’hiver.

À ceux tentés par le spectacle, elle adresse une invitation enthousiaste et gourmande, tout en transmettant avec précision l’origine de l’expression française “un nom à coucher dehors”, née sous Napoléon autour de l’hospitalité réservée aux soldats étrangers. Enfin, elle éclaire le public sur la signification du suffixe “-ian”, courant dans les noms arméniens et signifiant “de la famille de”, marquant la filiation et la continuité. Les dernières minutes saluent le public, évoquant la beauté de la salle de Saint-Chamond et la promesse de retrouvailles, plaçant la rencontre sous le signe de la culture, du partage et de l’espoir.

L’intégralité de l’entretien est ICI

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Rédaction

Dialogues sur Saint-Etienne et sa Métropole avec les ligériens et ceux qui passent sur notre territoire. Chaine faite par des bénévoles, depuis Aout 2023.

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