Que serait Saint-Etienne sans la place “Chavanelle” ?
D’après un récit de Pierre Mazet pour ses chroniques stéphanoises.
Chavanelle, une place au cœur de l’histoire industrielle
Le Chavanelet passe à proximité de la place Chavanelle. Contrairement à une idée répandue, ce n’est probablement pas lui qui a donné son nom à la place. Celle-ci tirerait plutôt son appellation des frères Chavanel, propriétaires du terrain cédé à la municipalité en 1664.
Créée pour accueillir un marché, la place Chavanelle devient progressivement un centre majeur de l’industrie armurière stéphanoise. Dès 1714, une manufacture royale s’installe à proximité des actuelles rues Léon-Nautin et Dormand, centralisant production et expéditions. Autour, les immeubles d’armuriers se multiplient.
Pendant la Révolution française, la place devient un haut lieu de rassemblement civique. Le 10 octobre 1791, la proclamation de la Constitution y est lue. Deux ans plus tard, un arbre de la liberté y est planté, et la place est rebaptisée « place de l’Égalité ».
Du « ventre de la ville » à un nouvel espace urbain
Au XIXe siècle, la production d’armes y atteint des sommets : entre 1806 et 1815, plus d’un million de fusils y sont fabriqués. En 1819, la place adopte définitivement le nom de Chavanelle.
À partir de la fin du XIXe siècle, elle devient un important marché, d’abord de détail, puis de gros. En 1913 débute la construction d’un vaste marché couvert, achevé en 1925 après l’interruption liée à la Première Guerre mondiale.
Jusqu’en 1972, Chavanelle incarne le « ventre de Saint-Étienne ». Dès l’aube, les « pagnots », figures emblématiques locales, s’activent à décharger et livrer les marchandises. La place vit alors au rythme des marchés, des cabarets et d’une animation constante.
La démolition du marché en 1972 marque la fin de cette époque. Une gare routière occupe ensuite les lieux jusqu’en 2003, avant d’être déplacée vers Gare de Saint-Étienne-Châteaucreux.
Une mémoire toujours présente
Depuis 2006, la place Chavanelle a été réaménagée autour d’un cadran solaire monumental. Si son aspect minéral divise encore, elle demeure un lieu chargé d’histoire, où se superposent mémoire industrielle et transformations urbaines.
Sous ses pavés, comme ailleurs dans la ville, les eaux continuent de couler — rappel discret d’un passé souvent oublié, mais toujours bien vivant.
Pas moins de six ruisseaux rejoignent le Furan au fil de son parcours urbain. Parmi eux, le Furet, descendant de Planfoy, qui a donné son nom au quartier de la Rivière. Le Merdaret — aussi appelé Merdary — prend sa source à la Croix de l’Orme et conflue près de la faculté de lettres.
Le Roannelet, né derrière la colline de Beaubrun, rejoint quant à lui le Furan vers la place Jean-Jaurès. Le ruisseau des Villes, autrefois sujet à des crues fréquentes, se déverse à proximité de la Manufacture d’armes. Les Eaux Jaunes, venues de Saint-Jean-Bonnefonds, traversent le quartier du Marais avant de rejoindre le Furan à la Vignasse, marquant jadis la limite avec La Talaudière.
Enfin, le Chavanelet, né à la Métare, s’écoule sous le centre-ville pour rejoindre le Furan rue du Grand Moulin.
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