Gisèle Souchon fait revivre la pensée libertaire de son père Marcel Renoulet
Entretien enregistré le 11 mai 2026 à Saint-Etienne. A quelques encablures de Terrenoire, commune de naissance de Marcel Renoulet.
À travers un long entretien pour Radio GAGA 42, Gisèle Souchon revient sur le parcours intellectuel et militant de son père, Marcel Renoulet, anarchiste libertaire stéphanois et fondateur de la revue L’Homme libre. Cette rencontre accompagne la sortie de l’ouvrage Mémoire d’un libertaire, sorti le 23 avril dernier aux éditions le Lys bleu , qui rassemble les écrits, réflexions et souvenirs de cet homme attaché à la liberté d’expression, à l’indépendance de pensée et à la critique des idéologies.
Ancienne enseignante de philosophie, Gisèle Souchon défend une conception profondément personnelle de cette discipline. Selon elle, la philosophie ne se réduit pas à un système théorique : elle constitue avant tout une recherche du bonheur et une manière cohérente de vivre selon ses propres valeurs. Une vision héritée de son père, qui voyait dans la pensée critique un outil d’émancipation individuelle.
Une autre idée de l’anarchie
Au fil de l’entretien, Gisèle Souchon distingue clairement deux formes d’anarchisme : l’anarchisme collectiviste et l’anarchisme individualiste. C’est cette seconde voie que revendiquait Marcel Renoulet. Pour lui, l’anarchie ne signifiait ni désordre ni chaos, mais refus de toute domination extérieure et affirmation de la responsabilité individuelle.
Influencé par Nietzsche et par plusieurs penseurs critiques des systèmes politiques fermés, Marcel Renoulet se méfiait des idéologies rigides, qu’elles soient partisanes ou institutionnelles. Son engagement reposait sur une conviction simple : préserver la liberté de penser et de débattre.
La liberté d’expression comme principe fondamental
L’entretien accorde une place centrale à la question de la liberté d’expression. Gisèle Souchon défend un dialogue ouvert, capable de faire coexister des opinions divergentes, à condition d’exclure les appels à la haine ou à la violence. Elle rappelle que tolérer une parole ne signifie pas nécessairement adhérer aux idées exprimées.
Cette exigence du débat libre animait déjà la revue L’Homme libre, fondée par Marcel Renoulet. La publication accueillait des contributions variées et parfois contradictoires, dans une volonté assumée de pluralisme intellectuel.
Un parcours enraciné à Saint-Étienne
Né à Terrenoire, quartier populaire de Saint-Étienne, Marcel Renoulet débute son engagement au sein des jeunesses communistes avant de rompre avec le Parti communiste pour rejoindre les milieux libertaires. Marchand forain de profession, il mène parallèlement une activité militante et éditoriale intense, profondément liée à l’histoire ouvrière stéphanoise.
Cette dimension locale occupe une place importante dans Mémoire d’un libertaire. L’ouvrage retrace non seulement un itinéraire personnel, mais aussi toute une mémoire sociale et politique de la région entre les années 1920 et 1950.
Une publication fidèle à l’esprit de l’auteur
Gisèle Souchon explique avoir rassemblé les nombreux cahiers, journaux et manuscrits laissés par son père afin d’en préserver l’authenticité. Son objectif : transmettre une parole libre, sans réécriture idéologique ni censure.
Le livre apparaît ainsi comme un témoignage à la fois intime, philosophique et historique, destiné à faire découvrir une pensée libertaire individualiste rarement mise en lumière dans l’histoire politique française contemporaine.
Une réflexion toujours actuelle
Au-delà de la mémoire familiale, cet entretien interroge des questions profondément contemporaines : polarisation du débat public, difficulté du dialogue, montée du sectarisme idéologique ou encore nécessité de former l’esprit critique.
En tant qu’enseignante, Gisèle Souchon revendique une pédagogie exigeante, inspirée de la « philosophie à coups de marteau » chère à Nietzsche : provoquer la réflexion, bousculer les certitudes et apprendre à penser par soi-même. Elle cite également de nombreuses fois Georges Brassens.
À travers Mémoire d’un libertaire, elle espère prolonger l’héritage intellectuel de son père et rappeler que la liberté demeure avant tout une conquête personnelle, nourrie par le dialogue et la remise en question permanente.
L’intégralité de l’entretien est à retrouver ICI
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