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De la Charcuterie à la Pâtisserie d’Excellence : Itinéraire, Défis et Passion de Bruno Montcoudiol

De la Charcuterie à la Pâtisserie d’Excellence : Itinéraire, Défis et Passion de Bruno Montcoudiol

Entretien enregistré le 28 novembre 2024 dans le magasin de Saint-Etienne

Bruno Montcoudiol, champion du monde de pâtisserie et Meilleur Ouvrier de France, retrace son parcours atypique de charcutier à pâtissier, expliquant les choix et rencontres qui ont forgé sa carrière. À travers un récit précis, il expose les particularités de ses deux boutiques, ses méthodes d’approvisionnement local, les enjeux économiques face à l’explosion des prix des matières premières et de l’énergie, ainsi que l’importance de la saisonnalité, de la créativité pâtissière et de la gestion des stocks. Il partage aussi son rapport au titre de MOF, ses réflexions sur la relation aux clients, l’équilibre qualité/prix, et la manière de maintenir l’innovation tout en gardant une identité artisanale forte.

Une Transition Passionnée : De la Charcuterie à la Pâtisserie

Bruno Montcoudiol dévoile l’origine de son itinéraire professionnel, débutant après la classe de 3e dans la charcuterie, guidé par la gourmandise et l’attachement aux produits locaux de la région. Après un CAP et un brevet professionnel en charcuterie – soit quatre ans de formation –, il ressent le besoin de se diversifier et d’apprendre davantage, ce qui le pousse à embrasser la pâtisserie. Initialement, son objectif était de s’y former temporairement, mais sous l’effet de rencontres inspirantes et d’une véritable passion naissante pour le métier, il décide de rester. Il passe alors un CAP de pâtissier en un an et un BTM en deux ans à l’École nationale de la pâtisserie à Saint-Jo. Il effectue ensuite son service militaire avant de poursuivre un tour de France auprès de maisons réputées, notamment à Rennes, pour perfectionner son savoir-faire. À son retour, il complète son cursus par deux brevets de maîtrise, en charcuterie et en pâtisserie, cherchant ainsi à rassembler une expertise artisanale complète, illustrant aussi les similitudes et différences structurelles entre les deux métiers, notamment dans l’organisation du travail et la saisonnalité des fêtes.

Élaboration d’une Identité et Diversification des Points de Vente

Issu d’une tradition de diversification, Bruno évoque la création de sa propre enseigne, motivée dès l’apprentissage par le souhait d’avoir sa boutique, de proposer des produits incarnant son identité. Après avoir été sacré Meilleur Ouvrier de France et champion du monde de pâtisserie en 2006, il cherche à s’installer non loin de ses racines familiales, explorant Lyon, Chambéry, Villefranche, avant d’opter finalement pour Saint-Étienne. Les fermetures de maisons emblématiques lui révèlent l’existence d’une opportunité à saisir dans la ville, d’autant plus dans le quartier dynamique de Saint-Jacques, reconnu et chargé d’histoire locale. Sa boutique stéphanoise est exclusivement un point de vente, tandis que le laboratoire de production est basé à Monistrol, d’où part la fabrication et la livraison quotidienne. Bruno insiste sur l’uniformité de la gamme et des prix entre les deux points, même s’il constate des différences de clientèle et de panier moyen – moindre à Saint-Étienne, plus élevé à Monistrol –, ainsi que l’existence d’une clientèle fidèle circulant entre les deux boutiques. Par choix, il ne vise pas le développement exponentiel à travers l’e-commerce ou la vente à destination de grandes quantités, préférant conserver une structure artisanale orientée sur la qualité, la proximité et l’accompagnement de son équipe.

Approvisionnement Local et Gestion des Coûts : Entre Engagement et Réalité Économique

Le chef expose sa politique de sourcing, privilégiant les matières premières locales quand cela lui est possible : lait frais, fruits rouges, pommes et beurre proviennent de producteurs des environs de Monistrol, d’Yssingeaux et de la Haute-Loire. Néanmoins, pour certains ingrédients incontournables comme le chocolat ou le sucre, il doit s’adresser à des fournisseurs spécialisés. Il décrit la forte hausse du prix du chocolat, qui a doublé en deux à trois ans, mais aussi l’augmentation généralisée d’autres matières essentielles (beurre, emballages, produits laitiers), à l’exception notable des poudres d’amande et de quelques fruits secs. La crise énergétique pèse également sur la rentabilité : tout l’atelier fonctionne à l’électricité, des fours à la climatisation, entraînant une envolée des factures. Face à cette conjoncture, il doit répercuter partiellement ces hausses sur les prix, en veillant toutefois à ne pas trop pénaliser la clientèle déjà affectée. Il recherche constamment l’équilibre permettant de maintenir la viabilité de l’entreprise, la rémunération équitable de ses collaborateurs et de ses fournisseurs, sans sacrifier l’accessibilité de ses produits. Cette stratégie implique de rogner sur les marges tout en préservant qualité et attractivité.

Innovation, Saisonnalité et Gestion des Spécialités au Quotidien

Bruno détaille l’organisation quotidienne des deux points de vente. Son objectif est d’assurer une présence constante et réactive auprès des clients, d’instaurer de la variété grâce à des nouveautés qui stimulent l’équipe et fidélisent la clientèle. Il met en avant les spécialités-maison comme le gâteau “Maisin” à base de marrons et de myrtilles, ancré dans le terroir de Haute-Loire et de l’Ardèche. Sa gamme accorde une large place aux fruits rouges (frais, confitures, confiseries) et aux fruits noirs (cassis), avec un souci de saisonnalité. Les produits sont transformés soit frais pour des tartes, soit issus de purées surgelées pour prolonger le plaisir tout au long de l’année. Le prix élevé du chocolat conduit à limiter le nombre de recettes à base de cette matière première – il n’y a qu’une seule bûche au chocolat pour Noël cette année contre deux habituellement. La période des fêtes de Noël constitue le pic d’activité, devant Pâques, la fête des mères ou la saison des mariages et communions. Selon Bruno, Noël reste une valeur sûre à la fois en termes d’enjeux économiques et de convivialité, car la clientèle recherche le partage et se montre moins regardante sur le prix à cette occasion.

Logistique des Fêtes, Maîtrise des Stocks et Réalité du Marché

Il aborde la complexité de la gestion des ventes en période de forte demande : prévoir la juste quantité de produits frais à fabriquer, éviter le gaspillage mais aussi la rupture de stocks. Cette difficulté se traduit parfois par l’absence d’un dessert en vitrine si celui-ci a rencontré un succès imprévu, car la fabrication exige du temps et de l’anticipation. Une partie de la production est conçue pour être conservée plusieurs jours (biscuits, croquants), tandis que les éléments fragiles (coulis, mousses) sont ajoutés à la dernière minute pour garantir la fraîcheur. Sur l’équilibre annuel des ventes entre fruits et chocolat, il déclare ne pas chercher à répondre à des tendances mais à maintenir une offre stable et diverse, régulant les nouveautés pour éviter la redondance. Les invendus sont gérés de façon à minimiser la perte, tout en respectant la fraîcheur et les standards de qualité.

Statut de MOF, Communication et Authenticité au Service de la Pâtisserie

Dans les dernières minutes, Bruno Moncuyol réfléchit à l’impact de son titre de Meilleur Ouvrier de France et de champion du monde sur sa vie professionnelle. Pour lui, le MOF est à la fois un aboutissement de parcours d’apprenti et un nouveau départ sur le plan professionnel, conférant une légitimité et la reconnaissance de la profession. Il constate cependant que ce titre change le regard de la clientèle, suscite parfois admiration, parfois jalousie, et peut intimider certains clients qui pensent à tort que la qualité a forcément un prix inaccessible. Il revendique pourtant un positionnement qualité/prix abordable à Saint-Étienne et Monistrol. Bruno admet ne pas beaucoup communiquer sur son titre, préférant se présenter simplement comme artisan pâtissier. Il prodigue ses recommandations pour la période de Noël : privilégier les bûches maison avec cinq nouveautés exclusives chaque année, fruits d’un important travail de création et de planification, ou explorer un éventail de gourmandises (chocolats, biscuits, glaces) en cultivant la modération. Pour l’après-Noël, l’accent se déplace sur les galettes des rois, avec une nouvelle collection de fèves sur le thème du champignon et une recette revisitée pour plus de légèreté et de croustillance. Enfin, il rappelle que, malgré le titre, chaque MOF ne se considère que comme “un des meilleurs”, puisqu’ils sont élus par promotion tous les quatre ans, et que la reconnaissance ultime reste la fidélité des clients. L’entretien se conclut sur l’invitation à découvrir ses créations et à conserver un regard ouvert et gourmand envers la pâtisserie artisanale.

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