Que serait Saint-Etienne sans la “Mine” ?
À Saint-Étienne, les traces du passé minier s’effacent peu à peu du paysage. Les crassiers, autrefois symboles de l’activité industrielle, se couvrent progressivement de végétation. Pourtant, certains sites emblématiques, comme le puits Couriot, rappellent encore combien la mine a façonné la ville, jusque dans ses moindres recoins.
Mais au-delà de ces vestiges visibles, l’héritage minier demeure profondément ancré dans la mémoire collective. Une mémoire marquée par des drames, car l’histoire de la mine stéphanoise est jalonnée de catastrophes meurtrières. Le grisou, gaz redouté des mineurs, constituait le principal danger. D’autres menaces existaient également au fond des galeries — incendies, inondations — mais ce sont surtout les explosions de grisou qui ont durablement marqué les esprits, en raison de leur bilan humain souvent tragique.
Le puits Jabin, situé rue de la Montat, fut particulièrement touché. En 1871, son système d’aérage reposait encore sur un mécanisme naturel : la différence de température entre la mine et l’air extérieur permettait d’évacuer les gaz. Un dispositif insuffisant, qui n’empêchait pas la formation de poches de grisou susceptibles d’exploser à la moindre étincelle. C’est précisément ce qui se produisit le 8 novembre 1871, vers 20 heures. Une lampe défectueuse pourrait être à l’origine de la déflagration. Sur les 92 mineurs présents au fond, 70 périrent.
Cinq ans plus tard, le 4 février 1876, un scénario similaire se reproduisit. Malgré l’installation d’un système d’aérage mécanique et l’introduction de lampes de sécurité, une explosion de grisou déclencha un enchaînement fatal. Les poussières de charbon s’enflammèrent, libérant des gaz toxiques qui provoquèrent une nouvelle explosion. Si les mineurs proches furent brûlés, la majorité des victimes succomba à une intoxication au monoxyde de carbone. Le bilan fut encore plus lourd : 186 morts sur 211 mineurs présents.
Treize ans plus tard survint la plus grande catastrophe minière de la Loire. Le 3 juillet 1889, un violent coup de grisou éclata dans la treizième couche du puits Verpilleux, à Méons. Malgré des mesures de sécurité renforcées — ventilation mécanique et lampes Marsaut — l’explosion se propagea aux puits voisins de Jabin et Saint-Louis. Au total, 207 mineurs perdirent la vie. Le procès qui suivit ne permit ni d’établir clairement les causes du drame, ni de prononcer de condamnations.
Face à ces tragédies répétées, les mineurs s’organisèrent. Une figure émergea : Michel Rondet. Secrétaire général du Syndicat des mineurs de la Loire puis de la Fédération nationale, il milita activement pour améliorer les conditions de travail, renforcer la protection sociale et imposer de véritables mesures d’hygiène et de sécurité.
Son combat contribua à l’adoption d’une avancée majeure : la loi du 8 juillet 1890 sur les délégués à la sécurité des ouvriers mineurs. Longuement débattue au Parlement, cette loi marqua un tournant en remettant en cause la toute-puissance des compagnies minières. Elle accorda aux mineurs le droit de désigner leurs représentants, instaurant ainsi un contre-pouvoir inédit dans l’industrie.
Cette dynamique se prolongea au début du XXe siècle. René Viviani proposa d’associer des délégués ouvriers à l’Inspection du travail. Puis, en 1917, Albert Thomas institua les délégués d’atelier, élargissant encore le rôle de représentation des salariés.
Enfin, la mémoire minière ligérienne reste marquée par une dernière tragédie : le 3 mai 1968, au puits Charles de Roche-la-Molière, une explosion coûta la vie à six mineurs.
Aujourd’hui, si les galeries se sont tues, l’histoire demeure. Elle rappelle que la mine ne se résume pas à des tonnes de charbon extraites ni à des kilomètres de galeries creusées, mais qu’elle est aussi faite de vies, de luttes et de sacrifices.
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