Que serait Saint-Etienne sans Bernard Lavilliers ?
D’après un récit de Pierre Mazet pour ses chroniques stéphanoises.
Bernard Lavilliers : le retour d’un enfant de Saint-Étienne, entre mémoire ouvrière et souffle d’ailleurs
Plus qu’un simple événement, un concert de Bernard Lavilliers s’apparente à un véritable pèlerinage. Pour nombre de fidèles, le rendez-vous se répète au fil des décennies, sans jamais perdre de son intensité. Huit, dix concerts ou davantage : peu importe le compte, tant le plaisir demeure intact.
De Saint-Étienne dans les années 1980 à Clermont-Ferrand dans les années 1990, jusqu’à la scène mythique de L’Olympia ou encore en Lorraine dans les années 2000, l’artiste a tissé au fil du temps une relation singulière avec son public. Dans l’Est, notamment, le lien est chargé d’histoire : nul n’a oublié son soutien aux sidérurgistes en lutte. Lorsque résonnent « Fensch Vallée » ou « Les Mains d’or », les salles vibrent d’une ferveur particulière, comme aux Arènes de Metz.
Mais c’est à Saint-Étienne que l’émotion atteint une autre dimension. Ici, le chanteur entretient un lien charnel avec la ville qui l’a vu naître. Un attachement profond qui invite à revisiter le parcours hors norme d’un enfant du pays.
Né Bernard Oullion le 7 octobre 1946, Bernard Lavilliers grandit dans un milieu populaire. Enfant fragile, il est contraint de quitter la ville pour la campagne afin de préserver sa santé. Très tôt, il entre dans le monde du travail et devient ouvrier jusqu’en 1965. Parallèlement, il écrit ses premières chansons et se produit dans de modestes concerts locaux, armé de peu de moyens mais déjà animé par une détermination farouche.
Refusant un avenir qu’il juge trop étroit, il s’envole pour le Brésil. Ce séjour d’un an et demi marque profondément son univers artistique. À son retour, après un long périple à travers les Caraïbes et les Amériques, il est rattrapé par ses obligations militaires : considéré comme insoumis, il est envoyé en bataillon disciplinaire en Allemagne, puis détenu à Metz.
L’année 1971 marque un tournant. Il se produit pour la première fois au « Discophage », cabaret brésilien parisien, avant de signer quelques mois plus tard avec le producteur Francis Dreyfus, fondateur du label Motors. Son premier album, Les Poètes, paraît en 1972.
À ses débuts, l’artiste sillonne les routes avec sa seule guitare, hésitant entre folk acoustique et influences électriques venues du monde anglo-saxon. Il puise ses inspirations littéraires chez Léo Ferré, tandis que les rythmes d’Amérique latine façonnent son identité musicale. En 1975, avec Le Stéphanois, il affirme cette singularité. Le titre « San Salvador », samba parlée, contribue à forger l’image du chanteur voyageur et aventurier.
La suite appartient à l’histoire de la chanson française. Le succès ne se dément pas : salles combles, albums plébiscités, reconnaissance médiatique. Pourtant, après plus de cinquante ans de carrière, Bernard Lavilliers n’a rien renié de ses engagements. Fidèle à ses idéaux et nourri de ses voyages, il continue de porter une parole engagée.
Ce que le public retient avant tout, c’est une voix : chaude, puissante, habitée. Celle d’un artiste qui chante les luttes, les exils, les espoirs, sur des musiques aux accents tropicaux. Une voix qui, à chaque concert, donne des frissons.
Et lorsque, sur scène, il entonne « Saint-Étienne » dans sa ville natale, l’émotion devient palpable. Comme une promesse silencieuse : celle de revenir encore.
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