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Que serait Saint-Etienne sans “Vélocio” ?

Que serait Saint-Etienne sans “Vélocio” ?

D’après un récit de Pierre Mazet pour ses chroniques stéphanoises.

Nos amis belges ont la Flèche wallonne ou encore le Tour des Flandres. À Saint-Étienne, c’est une autre tradition qui fait vibrer les passionnés de vélo : la Journée Vélocio.

Certes, il y a peu de chances d’y voir briller des champions comme Alejandro Valverde ou Fabian Cancellara. Pourtant, le 3 juin prochain, des centaines de cyclistes s’élanceront à l’assaut du col de la République à l’occasion de la 93e édition de cette épreuve emblématique.

Le départ est donné au rond-point Vélocio, à l’entrée de Saint-Étienne (596 mètres d’altitude). Les participants doivent ensuite gravir 12,8 kilomètres pour atteindre le col, culminant à 1 161 mètres. Au total, 565 mètres de dénivelé pour une pente moyenne de 4,5 % : une montée régulière, accessible mais exigeante.

Sur les traces de Vélocio

Derrière cette journée se cache une figure majeure du cyclisme français : Paul de Vivie, plus connu sous le pseudonyme de Vélocio. Né en 1853 à Pernes-les-Fontaines, dans le Vaucluse, il s’installe à Saint-Étienne en 1875, où il mènera de front carrière professionnelle, vie familiale et passion pour la petite reine.

Dès 1881, il parcourt inlassablement les routes du Pilat et des monts du Forez, sur des machines encore rudimentaires. Il enchaîne les longues distances, comme des allers-retours entre Saint-Étienne et Charlieu, soit près de 200 kilomètres.

Visionnaire, il fonde en 1887 la revue Le Cycliste forézien, future Le Cycliste, et forge dès 1888 le terme de « cyclotourisme ». Curieux et novateur, il teste les évolutions techniques — notamment les premiers systèmes de changement de vitesse — et partage ses analyses avec ses lecteurs.

Précurseur également en matière de diététique et d’entraînement, Vélocio prône une pratique raisonnée du vélo. Il démontre qu’il est possible de parcourir de très longues distances — jusqu’à 40 heures d’effort — à condition de respecter certaines règles d’hygiène et de gestion de l’effort. Il effectue ainsi près de 20 000 kilomètres par an et réalise des exploits comme un aller-retour Saint-Étienne–Menton (950 km) en quatre jours.

Acteur du développement industriel local, il participe en 1892 à la création de la Manufacture stéphanoise de cycles, contribuant à faire de la ville un haut lieu du vélo. En 1922, il inspire la création de la Journée Vélocio.

Une tradition populaire

Lors de la première édition, le 11 juin, 163 participants prennent le départ au pont du Furens. Fidèle à l’esprit de Vélocio, l’événement privilégie la participation à la performance : le temps et les classements restent secondaires.

Cette année-là, le meilleur temps est réalisé par Guitay en 38 minutes 25. Dans la catégorie des 60-70 ans, Paul de Vivie lui-même signe la meilleure performance en 58 minutes 40.

La vie de ce pionnier s’achève tragiquement : il meurt le 4 mars 1930, renversé par un tramway devant son domicile. Aujourd’hui, son héritage demeure bien vivant. Une stèle lui rend hommage au sommet du col de la République, et la route départementale D1082 porte son nom.

Chaque année, la Journée Vélocio perpétue ainsi l’esprit de celui qui voyait dans le vélo bien plus qu’un sport : une véritable philosophie de vie.

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Dialogues sur Saint-Etienne et sa Métropole avec les ligériens et ceux qui passent sur notre territoire. Chaine faite par des bénévoles, depuis Aout 2023.

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